KEEP CALM ET RESPIREZ… !

L’Appoggio – la respiration intercostale

L’Appoggio, ou la respiration latérale est considérée comme la voie royale pour une bonne gestion de la respiration. C’ est une extension du processus de respiration instinctive, qui repose sur la plasticité du diaphragme.
[toggle title=”LIRE PLUS”]L’appoggio – de l’italien appoggiare qui signifie “s’appuyer”, “être en contact” ou encore “soutenir” – est une technique respiratoire qui implique de ralentir la descente du diaphragme pour une meilleure gestion du souffle, de manière à étirer le cycle de la respiration pendant le chant.

Cette technique résulte de l’action conjuguée du mouvement du diaphragme, via l’activation des muscles du thorax (la poitrine) et de ceux de la ceinture abdominale (les abdominaux transversaux, l’oblique interne, l’oblique externe, l’abdomen). Elle permet d’obtenir un meilleur contrôle du mécanisme respiratoire grâce à l’entraînement des muscles, et garantit au chanteur une respiration plus efficace.

Lorsque l’on parle normalement, la cage thoracique s’affaisse au moment de l’expiration. L’appoggio vise justement à éviter cet affaissement en maintenant la posture inspiratoire de la cage thoracique et du sternum. L’abaissement du diaphragme et l’élargissement des côtes inférieures augmente les dimensions de l’espace thoracique, aussi bien en longueur qu’en largeur. Grâce à son incroyable élasticité, c’est tout l’appareil respiratoire qui descend et s’étire à mesure que le diaphragme descend, augmentant la capacité pulmonaire puisque le lobe inférieur des poumons peut maintenant être rempli.

Rester dans la position de l’inspiration initiale donne au chanteur la sensation de “ chanter sur l’inspiration”. La technique respiratoire de l’appoggio garantit au chanteur une réserve d’air plus importante. Elle répond à l’exigence des phrases longues, quelle que soit la tessiture de la voix ou le niveau dynamique. Elle offre une meilleure stabilité de ton, permet l’exécution de larges intervalles, donne une plus grande agilité, clarté, mais aussi une plus grande précision et rapidité lors de l’exécution de passages techniques. Elle assure aussi une meilleure gestion du souffle lorsque l’on chante en piano et pianississimo.
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Pourquoi respirer … ?

 

Le chant est un cri, un cri mis en harmonie, un cri contrôlé !   Luciano Pavarotti

[toggle title=”LIRE PLUS”]Par nos modes de vie, cette faculté est oubliée ou mise entre parenthèses. Chanter ou « crier » consiste à réhabituer le corps à effectuer un effort naturel.

D’après mon expérience, 90 % des chanteurs rencontrent des difficultés qui sont liées à une capacité respiratoire insuffisante et à tout ce que cela entraîne. C’est pourquoi l’étape cruciale consiste pour moi à entraîner et reconstruire cette capacité respiratoire.

Lorsque nous traitons un symptôme sans éliminer sa cause, il en résulte un enchaînement d’autres symptômes – un cercle de compensation. Si la fonction respiratoire est faible, bloquée, mal dirigée ou insuffisamment entraînée, cela entraîne d’innombrables symptômes d’erreur dans le mécanisme de la voix et du chant.

La liste des phénomènes et symptômes d’erreur est longue : cela va des symptômes comme le raidissement du thorax, aux épaules qui remontent aux problèmes de justesse, en passant par le plissement du front, la crispation de la langue et des mâchoires, une crispation de la nuque, une articulation difficile…[/toggle]

 

 

« L’Effet Bernoulli »

 

Hydrodynamica – La mécanique des fluides, publié en 1738

Les découvertes de Bernoulli nous fournissent des clés pour comprendre un phénomène apparemment paradoxal.

Faites une petite expérience afin de comprendre de quoi il s’agit :

Prenez deux feuilles de papier, et soufflez entre les deux. Vous vous attendez à voir les feuilles s’écarter, et pourtant elles se rapprochent ! Cela est dû à une loi très simple de mécanique des fluides : quand la vitesse d’un fluide augmente (on souffle) la pression diminue (les feuilles se rapprochent).

 

 

Quel est le rapport avec le chant ?

 

La recherche scientifique sur la voix nous a permis de savoir que le mécanisme vocal est régi principalement par deux facteurs :

  • un facteur aérodynamique
  • un facteur musculaire

[toggle title=”LIRE PLUS”]L’espace entre les cordes vocales est appelé glotte. La glotte s’ouvre lorsque l’on inspire. Lors d’un acte de phonation, c’est-à-dire lorsque l’on parle ou que l’on chante, les cordes vocales se ferment. On parle de fermeture ou d’accolement des cordes vocales.

Le phénomène des feuilles de papier qui se rapprochent et l’accolement des cordes vocales reposent sur les mêmes lois. La fermeture optimale des cordes vocales dépend de l’équilibre entre les paramètres musculaires et aérodynamiques dans ce processus.

Si cet équilibre est perturbé, cela conduit à des dysfonctionnements. Lorsque le souffle n’est pas suffisamment performant par manque d’entraînement ou en raison d’un blocage, la musculature va jouer un rôle compensateur. Cette compensation entraîne à son tour des symptômes de fatigues et des dysfonctionnements dans la voix, car la musculature de l’appareil vocal est alors trop sollicitée.
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En quoi cela nous aide-t-il à mieux comprendre le chant ?

 

Quand on exerce et utilise correctement la respiration, les cordes vocales fonctionnent sans problème, l’ouverture de la gorge est possible, la voix résonne aux bons endroits, le passage devient automatiquement fluide, l’articulation est libre, mâchoire, nuque et les épaules sont débloqués.

Dès lors, il est possible de se concentrer sur le ressenti et l’expression artistique.

 

 

Musclez la respiration maintenant !

 

Très souvent, les chanteurs ignorent que la maîtrise d’une large tessiture – nécessaire à l’opéra – n’est pas seulement une question de talent et de bonne volonté. Comme pour les sportifs de haut niveau, l’entraînement est capital.

Pourtant, très souvent, on constate chez les chanteurs, aussi bien amateurs que professionnels, un fossé entre, d’une part, la volonté de chanter un répertoire difficile, et d’autre part le niveau réel d’entraînement et les performances respiratoires. Ce hiatus a conduit de nombreux chanteurs d’opéra talentueux à leur perte.

En définitive, le talon d’Achille du chanteur peut bien souvent se résumer à une fonction respiratoire insuffisamment entraînée ou dysfonctionnante.

 

 

L’EXERCICE

Cet exercice est conçu pour entrainer les deux composantes principales de l’Appoggio. Tandis que les côtes latérales sont dilatées en souplesse, le diaphragme actionne soutenu par les abdos, les lombaires et le plancher pelvien.

Commencez l’exercice en rentrant légèrement le ventre (la ceinture abdominal), comme si vous vouliez rentrer dans un pantalon trop petit.

Les abdos cherchent à se rapprocher vers le colon vertébral tandis que les lombaires, le bas du dos et le plancher pelvien se connectent.

Cette consolidation de la racine du tronc est essentielle à la stabilité, et donc au travail sur le diaphragme, tout en souplesse et en dynamisme.

Puis, inspirez et ouvrez les cotes, laissez le sternum se lever doucement. Gardez cette posture d’inspiration et toussez légèrement.

Vous pouvez alors observer comme un mouvement de balancier qui paraît provenir d’un mouvement au niveau du plexus solaire.

C’est là que se situe votre diaphragme.

Pendant une phase de 1 à 2 minutes, on rythme vigoureusement l’expiration. Puis, on se repose durant 30 à 45 secondes, avant de recommencer.

Laissez vous guider par la structure de la musique sur la bande sonore. Suivez son rythme, ses pauses, les consonnes avec rigueur.

Pour notre exercice nous utilisons 3 consonnes sifflantes et chuintantes ou « fricatives ». Pendent que vous les prononcez, gardez votre gorge ouverte et souple. Évitez chaque tension au niveau de la gorge, la nuque et les épaules.

[s] apico-alvéolaire : produit par le rapprochement de la pointe de la langue vers la région alvéolaire
[ʃ] post-alvéolaire: la langue prend appui contre les alvéoles
[f] labio-dentale : la lèvre inférieure est rapprochée des dents du haut

Cliquez ici pour commencer !

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Téléchargez l’exercice ici :

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ATTENTION AUX ERREURS CLASSIQUES!

Au quotidien, j’ai souvent observé chez mes élèves une erreur classique qui consiste à effectuer le soutien respiratoire à l’envers :
le ventre pousse vers le bas et les côtes s’écroulent.

Or, la bonne activité du diaphragme se traduit par le ventre qui rentre et remonte sous le nombril, dans un même mouvement, tandis que la partie au-dessus du nombril se soulève en suivant la pression de l’air. Le thorax et le sternum se soulèvent légèrement en maintenant la posture inspiratoire.

Ce mouvement ressemble à celui d’une balançoire. L’équilibre entre les deux mouvements garantit la bonne respiration. On le retrouve de manière naturelle en simulant une légère toux. Cette technique est maitrisée par très peu des débutants. Elle doit absolument faire l’objet d’un apprentissage.

Et voilà, c’est parti ! N’oubliez pas de boire suffisamment d’eau dans les phases de repos !

Être capable de pratiquer les exercices respiratoires pendant 30 minutes est un objectif à la portée de la plupart des chanteurs. Et la progressivité est la clé de la réussite.

Au départ, il faut se fixer des objectifs raisonnables et s’y tenir. Le corps dans sa globalité a besoin de temps pour se réhabituer à ce type d’effort. Vouloir aller trop vite dans la progression risque d’engendrer fatigue et baisse de motivation. Il faut savoir rester humble et modeste ; notre conseil : commencez avec 10 minutes par jour. Vous augmenterez la durée par la suite. Dans un mois vous serez capable de tenir même 1 heure entière.

 

Souvenez-vous enfin que « Rome ne s’est pas construite en un jour ». Patience et opiniâtreté sont les qualités requises pour pratiquer vos exercices et obtenir les meilleurs résultats. Faites vous confiance ! JOSEPH PILATES